Intervention en séance publique sur la PAC
Monsieur le Président, vous avez dit il y a un instant qu’il était difficile d’écouter en ayant faim. Sachez qu’il est tout autant difficile de parler. Si un jour, nous organisons un débat sur les agro- carburants, il faudra le faire à la même heure car nous pourrons bien illustrer : manger ou conduire.
Monsieur le Président, vous nous avez parlé du film de DEPARDON : « La vie moderne », je ne manquerai pas d’aller le voir mais à cet instant, je voudrais vous parler de : « Nos enfants nous accuseront », le film de Jean-paul JAUD sorti la semaine dernière.
Si je vous en parle, c’est pour illustrer le fait que les questions agricoles ne concernent pas que les agriculteurs mais concernent bien tout le monde car ils intègrent les notions d’alimentation et de santé humaines.
Nous sommes allés, en famille, voir sa projection dimanche au Comédia à Lyon et la salle était pleine, ils ont du refuser du monde : ces questions intéressent de plus en plus nos concitoyens.
Cette introduction pour dire que les questions agricoles sont vraiment des questions de société et la Politique Agricole Commune est donc un sujet important pour tous les Européens et tous les Rhônalpins. Merci Monsieur le Président d’avoir organisé ce débat.
Comme cela nous a été expliqué : cette PAC avait comme 1ère objectif : garantir à l’Europe son indépendance alimentaire et cela fut acté dès 1958, lors de la création de l’Union Européenne et la signature du traité de Rome.
Dès 1975, la PAC est victime de son succès, la France et l’Union Européenne doivent faire face à des crises de surproduction. Rappelez-vous les reportages sur les montagnes de beurre et de poudre de lait : d’où les différentes mesures pour limiter cela :
- quotas laitiers
- jachères
et enfin découplage : c’est-à-dire ne plus être obligé de produire pour toucher les primes.
Aujourd’hui, en 2008, nous sommes à mi-parcours de la dernière réforme de la PAC décidée lors de l’accord de Luxembourg pour la période 2003-2013.
Nous pensons, tout d’abord, que cette PAC a une déclinaison française qui n’est pas celle que nous avions souhaité. Par exemple : les références historiques sont une erreur.
Pourquoi ? : Les références historiques ont pour effet de continuer à orienter principalement les aides vers les céréales et les oléagineux. Une minorité touche la majorité des diverses aides. Ceci n’est pas du tout équitable. De plus, ceux qui avaient déjà choisi une autre orientation à ce moment-là sont exclues des aides : ce qui n’est pas juste.
D’autres questions doivent être prise en compte :
- La particularité de l’agriculture périurbaine : pour cela soulignons le travail effectué par l’association PURPLE qui lors de la dernière réunion à Chambéry a fait passer une position très intéressante par Madame Eliane GIRAUD au Ministre de l’Agriculture.
- L’environnement et la qualité des produits n’ont pas été intégrés par le gouvernement français en 2003. Il faut dire qu’il venait de mettre fin à la politique décidée par le gouvernement JOSPIN en 1999 dans la loi d’orientation en supprimant les CTE (contrats territoriaux d’exploitation).
- L’aménagement du territoire est également oublié dans cette déclinaison française.
Les régions auraient pu et auraient du être mis en avant. Elles seraient plus réactives : en étant plus proches du terrain et des agriculteurs. Elles pourraient adaptées leurs décisions plus rapidement. Je vais prendre un exemple : en 2008, les cours des céréales ont doublé, passant de 100 à 200 euros la tonne, en même temps les arboriculteurs subissent des aléas climatiques importants : nous aurions pu mettre en place une plus franche solidarité y compris à l’intérieur du monde agricole.
Je vais citer les chiffres des différents budgets agricoles :
- 35 millions d’euros pour Rhône-Alpes
- 850 millions d’euros de la PAC vers Rhône-Alpes
- 9,5 milliards d’euros pour la France
- 55 milliards d’euros pour l’Europe
Vous voyez on ne discute pas de petites sommes.
Attention, nous ne disons pas qu’il ne faut plus de PAC mais nous disons qu’il faut une autre PAC qui puissent se décliner plus au niveau régional : c’est d’ailleurs ce qui se passe dans beaucoup d’autres pays européens. Effectivement, nous ne pensons qu’il faille 21 politiques agricoles différentes en France.
Mais il faut une autre PAC et nous devons nous rappeler le 1er objectif de la notre :
- assurer la souveraineté alimentaire et réaffirmer que ce qui est bon pour l’Europe doit être bon pour les autres : c’est-à-dire que la PAC doit intégrer cela : chaque continent doit pouvoir s’assumer. D’ailleurs n’est-il pas opportun de manière générale de relocaliser l’économie !
Je sais cela fait débat. Pourtant, nous pensons qu’une PAC qui permettrait que l’Europe inonde le monde de produits agricoles à bon prix est une fausse bonne idée.
A court terme, dans les pays en voie de développement, les plus démunis en tirent un avantage immédiat étant donné qu’ils achètent plus de nourriture qu’ils n’en vendent.
Mais à long terme leur agriculture recule, cela est catastrophique pour eux et une autre politique au contraire stimulerait leur production agricole.
Nous voulons une PAC qui n’aggrave pas la faim dans le monde. Ceux qui nous disent qu’il faut produire toujours plus aujourd’hui pour nourrir demain les 9 milliards d’humains en 2050 se trompent à notre sens.
Au contraire c’est aujourd’hui qu’il faut mettre en place des systèmes de production qui n’épuisent pas les sols, qui détruisent leurs structures, qui font baisser les taux d’humus, d’ailleurs le rapport de la FAO montre que l’agriculture biologique peut produire assez par tête d’habitant pour nourrir la population actuelle de la planète.
Si l’effort mis sur la recherche pour aller vers une agriculture de qualité respectant l’environnement était aussi important que celui qui a été fait pour l’agriculture intensive pendant les 30 glorieuses, nous pourrions plus rapidement aller dans le sens ou l’agriculteur retrouverait tout son rôle et sa dignité.
Nous pensons également qu’il faut sortir l’agriculture de l’OMC. Quand l’agriculture représente 3% du PIB pour certains pays et 90% pour d’autres, nous voyons que les produits agricoles ne sont pas des produits comme les autres, pas comme des écrans plasma derniers cris ou d’autres.
En conclusion,
Nous pensons qu’il faut une PAC, car c’est mettre en œuvre des régulations qui devraient nous éviter des choses comme la vache folle, mais une autre PAC.
- Une PAC où les agriculteurs nourrissent les hommes avec fierté.
- Une PAC où les subventions ciblées prennent en compte les besoins individuels des agriculteurs et les services que ceux-ci rendent à la société.
- Une PAC où l’agriculture ne génère plus des coûts externes qui ne sont pas pris en compte dans les prix des produits.
- Une PAC où l’agriculture augmente la valeur culturelle, esthétique et écologique du paysage et conserve la biodiversité voire la développe.
Nous pouvons le faire : yes we can ! Faisons le !
« Nos enfants nous en remercierons ».